Naissance d’un roman III: Rêver l’histoire

T: jour 2

Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une pomme-grenade, une seconde avant l’éveil, 1944, Salvador Dali


Il m’arrive de passer des journées entières dans un état contemplatif, à ne strictement rien faire, complétement déconnectée du monde. Dans ces moments là je ne communique plus avec les autres. Je m’isole, je me ferme sur moi même, je ne sors pas, je mange à peine. Je disparais aux yeux du monde. Je suis en plein rêve. Cette technique (je ne pense pas que ce soit le mot approprié mais passons) du rêve éveillé est fondamentale puisque c’est elle qui me permet de véritablement vivre l’histoire comme la vivent mes personnages. Elle fait apparaître tous les détails, d’une posture, d’une expression, d’une émotion, d’un paysage, d’une maison, bref, tout ce qui donne du « vrai » à une fiction. Ce qui rend les personnages proches du lecteur, ce qui lui permet de voir lui aussi la scène et de ressentir. Sans ça, pas de lecteur, et de toute façon, pas de roman.

Quand j’écris une scène avant de l’avoir visualisée, elle est presque toujours mauvaise. Il y manque toujours quelque chose. L’idée est peut être bonne, l’action intéressante, mais elle est mal racontée. Je ne m’en rends pas compte tout de suite, je m’en aperçois seulement lorsque je ferme les yeux et que je vois ce que j’ai écris: je m’aperçois que la réaction du personnage est innapropriée, que l’émotion doit être mieux traduite, que j’ai oublié de décrire le lieu, des choses comme ça. C’est comme si dans le film il manquait un plan dans une scène comme un trou dans l’histoire, un manque soit d’une transition, soit d’une action, soit d’un mouvement spécifique de caméra. En fait, c’est comme si j’avais filmé la scène avec un plan fixe, sans détail aucun, et sans suivre les personnages qui sortent alors du champs de la caméra. Cela donne des choses très laides et totalement sans intérêt. Comme le réalisateur sur le tournage, il faut avoir le montage dans la tête quand on écrit. Sinon, on est sûr d’oublier quelque chose qui fera vraiment tâche.

Ce « travail » de visualisation , il faut le faire à chaque fois, pour chaque scène. Le temps T indiqué ici est donc absolument relatif. Rêver l’histoire se fait au quotidien, pas seulement au début, mais tout au long de l’écriture du roman jusqu’à sa dernière version, celle qui est la bonne.

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