Nuit de Décembre

 

Je suis une espèce de héros de tragédie grecque ou une Antigone. Je suis une spleenienne, un animal blessé, une rescapée de l’aire romantique, une Alfred de Musset. La maison de mon enfance était d’ailleurs située rue Alfred de Musset, et je me suis souvent identifiée à ce poéte. Les poémes que je préfère, sont aussi ceux qu’il à écrit quand il avait le plus mal : Les nuits. Et moi, tout comme lui, je n’écris presque exclusivement quand j’ai mal. Plus j’ai mal, plus je me rapproche du Beau, plus mes mots s’alourdissent de sens et s’élèvent vers la perfection. La souffrance est ma meilleure source d’inspiration. C’est pourquoi , souvent, mes poémes et mes écrits transpirent la souffrance, la tristesse, et la solitude. La solitude. Je me suis si souvent sentie si seule.

 

 

Le Poéte

Du temps que j’étais écolier

Je restais un soir à veiller

Dans notre salle solitaire.

Devant ma table vint s’asseoir,

Un pauvre enfant vêtu de noir,

Qui me ressemblait comme un frère

(…)

A l’âge où l’on croit à l’amour,

J’étais seul dans ma chambre un jour,

Pleurant ma première misère.

Au coin du feu vint s’asseoir

Un étranger vêtu de noir,

Qui me ressemblait comme un frère.

Il était morne et soucieux ;

D’une main il montrait les cieux,

Et de l’autre il tenait un glaive.

De ma peine il semblait souffrir,

Mais il ne poussa qu’un soupir,

Et s’évanouit comme un rêve.

(…)

Un an après, il était nuit,

J’étais à genoux près du lit,

Où venait de mourir mon père.

Au chevet du lit vint s’asseoir,

Un orphelin vêtu de noir,

Qui me ressemblait comme un frère.

Ses yeux étaient noyés de pleurs,

Comme les anges de douleurs,

Il était couronné d’épines ;

Son luth à terre était gisant,

Sa pourpre de couleur de sang,

Et son glaive dans sa poitrine.

(…)

Lorsque plus tard , las de souffrir,

Pour renaître ou pour en finir,

J’ai voulu m’exiler de France ;

Lorsque impatient de marcher,

J’ai voulu partir et chercher,

Les vestiges d’une espérance ;

(…)

Partout où sous ces vastes cieux,

J’ai laissé mon cœur et mes yeux,

Saignant d’une éternelle plaie ;

Partout où le boiteux Ennui,

Traînant ma fatigue après lui,

M’a promené sur une claie ;

Partout où sans cesse altéré,

De la soif d’un monde ignoré,

J’ai suivi l’ombre de mes songes ;

Partout où sans avoir vécu,

J’ai revu ce que j’avais vu,

La face humaine et ses mensonges ;

(…)

Partout où j’ai voulu dormir,

Partout où j’ai voulu mourir,

Partout où j’ai touché la terre,

Sur ma route est venu s’asseoir,

Un malheureux vêtu de noir,

Qui me ressemblait comme un frère.

(…)

Qui donc es- tu , toi que dans cette vie,

Je vois toujours sur mon chemin ?

La Vision

Je ne suis ni dieu ni démon,

Et tu m’as nommé par mon nom,

Lorsque tu m’as appelé ton frère.

Où tu vas , j’y serai toujours,

Jusqu’au dernier de tes jours,

Où j’irai m’asseoir sur ta pierre.

Le ciel m’a confié ton cœur.

Quand tu seras dans la douleur,

Viens à moi sans inquiétude.

Je te suivrai sur le chemin,

Mais je ne puis toucher ta main,

Ami, je suis la Solitude.


Alfred de Musset, Les Nuits.

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Catégories : Mes miettes, Poésie et prose | Étiquettes : , , , , , | 3 Commentaires

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3 réflexions sur “Nuit de Décembre

  1. Pour commencer apprends à écrire. Peut-être qu’après, tu pourras te comparer à Musset (;

    • Salut,

      Tu sais, je n’ai jamais prétendu écrire aussi bien que Musset ni qu’aucun autre écrivain connu d’ailleurs.. Ma comparaison avec cet auteur se situe au niveau de la souffrance comme source d’inspiration, et du fait que je me suis souvent reconnue dans certains de ses écris. (comme dans le poeme de lui que j’ai mis ici ) Rien de bien prétentieux là dedans… ce que j’essayais de dire, probablement maladroitement, c’est que je suis une personne très sensible, qui a souvent été blessée , qui s’est souvent sentie seule.. et que c’est souvent dans les moments de souffrance que j’écris le mieux parce que c’est là que j’arrive le mieux a exprimer et transmettre des émotions. Ce qui ne signifie pas pour autant que je sois très douée… j’en doute d’ailleurs très souvent… C’est d’ailleurs une des raisons principales pour laquelle j’ai jamais rien fait lire. Et quand on recoit un message comme le tient, ca me rappelle pourquoi !

      • Cela dit, j’ai mal recu le ton de ton message mais j’apprécie néanmoins la franchise ! Ce n’est pas parce que tu m’as critiqué que j’ai mal pris ton message.. je tenais à le préciser!

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