Naissance d’un roman VII: au commencement

T: jour 25

Voilà, ça y’est, maintenant l’écriture peut commencer. Un mois s’est déjà écoulé entre le moment où l’idée est née et celui où j’ai posé le premier mot. Et encore, comme je l’ai déjà dit, ce temps est relatif. En réalité ça aura pris bien plus de temps que cela. Car il y’a la part de l’inné mais aussi la part de l’acquis et c’est surtout cette dernière qui fait l’écrivain. Pour moi le chemin aura été long, je trouve. Il aura fallu dompter la pulsion brute, équilibrer la balance entre l’exutoire et l’art d’écrire pour donner à l’Autre, apprendre à se connaître et se découvrir un style particulier, et lire, lire beaucoup. ce 25e jour, je suis prête. Je m’installe et j’écris mon début.

Pour moi le plus dur est de commencer. Je ne sais jamais comment commencer. Je sais l’histoire, je sais l’intrigue, les péripéties et la fin, mais le début… ça ne je ne sais jamais. Et pourtant, le début d’un roman est certainement le plus important: dès le départ il faut intéresser le lecteur, lui donner envie de lire jusqu’au bout, éveiller sa curiosité, ne pas trop traîner avant de rentrer dans le coeur de l’histoire.

Le premier début que j’ai écrit, eh bien je l’ai complétement raté. Aujourd’hui je le trouve nul, à côté de la plaque. Jugez en par vous même et dites moi si ce petit extrait de mon ancien début vous aurait donné l’envie d’aller plus loin (en italique, extrait du livre de mon héroïne):

Je suis une personne simple, une fille comme tant d’autres. Jusque là je me pensais même assez banale malgré ce que les gens pouvaient dire de moi. C’est vrai que je voyageais beaucoup, c’est vrai que j’aimais à me perdre dans des contrées lointaines , isolées et rudes , au milieu de peuples dits « primitifs » , c’est vrai que j’avais une vie d’aventurière aux yeux de gens plus simples que moi encore. C’était devenu mon métier. J’ai parcouru le monde, j’ai rencontré toutes sortes d’êtres humains, j’ai vu toutes les faces de la Terre, la Beauté et l’Horreur, et je pensais avoir tout vu. Evidemment je me trompais. Et j’étais loin de me douter de l’étendue de mon ignorance. Comme j’étais toujours en plein rêve , confondue en identités multiples se perdant dans l’inextricable jungle d’Amazonie, l’infinité des steppes mongoles, ou dans les grandeurs insolentes des montagnes du Népal, m’adaptant à des façons de vivre et de penser chaque fois différentes, toujours changeante, toujours en chemin croyant ainsi mieux saisir le Monde, je m’en éloignais. Sous mes yeux le monde s’ébranlait. La Révolution se préparait. Je ne le voyais pourtant pas. Quand c’est finalement arrivé, j’en avais été choquée, prise au dépourvu. Je n’étais pas mécontente que le monde change enfin, j’avais l’espoir qu’il devienne meilleur et je voulais le croire! Le monde avait changé mais il n’était pas devenu meilleur. Il était devenu pire. Affreux. Immonde. Excecrable. Infâme. Je n’avais rien fait, moi, pour éviter pareille chose. Le fait accompli je ne faisais toujours rien pour le changer. Je me disais qu’un jour, les choses seraient différentes, que ça ne pourrait pas durer ainsi toujours, j’attendais un miracle. Et le miracle est arrivé: c’était Lui.

Il n’était que cinq heures , mais la nuit commençait déjà à tomber en ce morne début du mois de Novembre 2011. Les lumières de la ville n’étaient pas encore allumées, et les rues de Paris s’habillaient alors d’un gris sombre tandis qu’un petit vent froid se mit à souffler. Emmanuelle tressaillit, et hâta le pas. Le couvre feu débutait à six heures du soir et mieux valait ne pas traîner ou elle risquait l’interpellation par les forces de police ou la milice en civil. Quelle triste époque! pensa t-elle. Les rues se vidaient peu à peu, les gens marchaient à grands pas la tête baissé sans jamais se regarder. Emmanuelle faisait de même, les mains rentrées dans les poches de son jean pour les protéger du froid. Si elle avait su, elle aurait pensé à prendre des gants. D’ailleurs si elle avait su, elle ne serait pas rentrée à Paris mais serait restée en Mongolie! Au moins là bas, la vie continue comme elle a toujours été, sans couvre feu, sans espionnage ni dénonciation, sans interrogatoires , sans crise. Et dire que plus personne ne veut financer ses recherches en ethnologie! Autant dire qu’elle était presque au chômage, comme tant d’autres personnes. Quelle triste époque pensa t-elle encore. « EH! »

Emmanuelle fut soudain tirée de ses pensées. Quelqu’un lui semblait-il , l’avait interpellée. Mais elle ne voulait pas se retourner pour vérifier, et augmenta la cadence de ses pas, inquiète.

– » Eh!! Madame arrêtez vous! »

L’interpellation semblait bien lui être adressée. Sans doute un agent de la police. Que lui voulaient-ils cette fois? Elle s’arrêta net et se retourna avant de tomber à la renverse , frappée par quelque chose. Ou plutôt quelqu’un.

-« Oh! fit l’homme contre qui elle avait buté , je suis vraiment désolé je ne pensais pas que vous alliez vous arrêter si… soudainement. Je ne vous ai pas blessé au moins?

– Ce n’est pas grave, marmmona Emmanuelle en se redressant , pourquoi diable me courriez vous après? Vous êtes de la police? Je n’ai rien fait et j’ai déjà…

– Non, l’interrompit l’inconnu, je ne suis pas de la police. Je… vous avez fait tombé ça.

(…)

Après avoir laissé reposer quelques temps la vingtaine de pages écrites qui constituait mon début, je l’ai trouvé banal en le relisant. Ce n’est même pas ce « tout tout début » que je viens de vous présenter que je trouve le pire, enfin, c’est un ensemble. Je suis en train de (presque) tout refaire. C’est d’ailleurs en le réécrivant que j’ai trouvé le titre du roman : Pour le Monde. (Il changera peut être mais…)

Voici le nouveau « tout tout début » que j’ai écrit hier soir:

Extrait de l’ouvrage Ma vie rêvée

d’Emmanuelle Poussin.


Je ne suis pas écrivaine, je ne suis qu’une ethnologue passionnée. J’ai bien sûr déjà publié des ouvrages relatifs à ma profession, mais jamais rien de semblable à ce que je m’apprête à vous délivrer dans ce livre. C’est une expérience unique. Fabuleuse. Incroyable. Tout ce que vous allez lire je l’ai vécu. Tout ce qui est décrit, je l’ai vu de mes yeux tel que je vous le donne. Je vous demande de le recevoir comme un cadeau. Car je n’écris pas pour moi, je ne recherche pas la gloire et encore moins l’argent qu’un livre n’apporte de toute façon que rarement à son auteur. J’ai écrit ce livre pour vous qui me lisez, pour ceux qui me liront demain et même pour ceux qui ne me liront pas. Je l’ai écrit pour le Monde. Sans prétention. Simplement avec espoir.

1.

La pointe de la tour Eiffel se perdait dans les nuages en ce morne soir de Novembre 2013. C’était un de ces jours où le ciel bas et lourd pesait comme un couvercle, et la ville enneigée semblait figée dans une éternité glaciale. Paris lumière, Paris grouillante, Paris d’ordinaire si vivante et pressée n’était plus semblable à elle même. Rue de Sèvres, une assemblée de clochards planqués dans des cartons et recouverts de couvertures. A la Motte Piquet, un commerçant livide semble un mannequin de plastique figé dans sa vitrine. Il scrute son maigre horizon dépeuplé. Gare du Nord, un vieil homme attablé à la terrasse d’un café. Une gitane au bec , un café froid dans la main, il garde sur sa joue le souvenir d’une peine. Une larme a gelé. Dans le boulevard Saint Michel se hâtent quelques passants courbés. Emmanuelle étaient là parmi eux. Il n’était que cinq heures mais déjà la nuit tombait et le couvre feu débutait dans une heure. Comme les transports étaient bloqués par la neige et le gel, il fallait marcher.

(…)

Je pense qu’il faut vraiment soigner les première lignes. Je pense au moment où j’enverrais le manuscrit aux maisons d’édition, il faut que ça accroche dès les premières lignes. J’éspère que c’est un peu le cas, vous me le direz…

PS: je compte garder le passage en italique de mon premier début. Je l’insererai simplement ailleurs, un peu plus loin dans les premières pages.

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