La maladie du temps

Je veux parler de la procrastination, bien sûr. Fille du perfectionnisme que l’on croit souvent une qualité quand il est pour moi le pire de mes défauts. Et le pire ennemi de l’écrivain. Mon problème a toujours été l’inachèvement, cette incapacité à aller au bout d’une chose, de la terminer, de me dire « C’est bien, j’ai fini ».  Combien de chapitres 1, combien de projets avortés? Je ne suis pratiquement jamais contente de moi, je suis une éternelle insatisfaite et c’est une souffrance immense.

C’est une chose absolument affreuse que ne jamais rien achever, parce que j’ ai le sentiment d’échouer à chaque fois et de n’avoir rien fait de ma vie. J’ai peur de tout rater. J’ai tout aussi peur de réussir. Serais je capable d’assumer, que j’échoue ou que je rencontre le succès? Mais avant d’en arriver là, encore faudrait t-il terminer quelque chose. Et là, ça coince:  je regarde toujours à l’horizon de la perfection  depuis le rivage où je me trouve, et je sais que je ne pourrai jamais l’atteindre… Car on ne peut jamais atteindre l’horizon, il en est toujours un nouveau devant soi.

Voilà le chemin qui mène tout droit à la procrastination, cette maladie du temps… Perfectionniste, insatisfaite, acharnée, je n’ai jamais assez de temps devant moi: je voudrais l’éternité et elle n’y suffirais pas!

Seulement les les gens qui en souffrent peuvent comprendre, les autres pensent qu’il s’agit simplement de désorganisation, de fainéantise, ou de manque de volonté.  Ce jugement très dur à accepter pour moi m’a longtemps causé bien de la peine. Je ne comprenais pas, je pensais que les gens avaient raison et que finalement j’étais simplement bonne à rien. Je m’acharnais alors davantage, cherchant à prouver aux autres et à moi même que j’étais capable du meilleur. C’est un cercle vicieux.  Heureusement j »ai fini par comprendre ce qui n’allait pas chez moi, et c’est ce qui me sauve.

Cette chose que je nomme aujourd’hui maladie , pour la première fois , est une des raisons qui m’a poussé à venir me confier ici.  Dire, c’est déjà un peu guérir. Parler de mon roman que j’écris, c’est m’engager envers vous, c’est signer un contrat avec moi même , c’est ne pas me donner d’excuses pour échouer. Car l’échec n’est pas de demeurer dans le noir, de ne jamais être publiée ni même d’écrire un mauvais roman – non- le véritable échec c’est de renoncer.

Voici une vidéo sur la procrastination que je trouve géniale:

* Voir aussi cet article sur le perfectionnisme sur le blog « Ecrire, conseils pratiques » ici

Publicités
Catégories : Hors catégories | Étiquettes : , , , , | 8 Commentaires

Navigation des articles

8 réflexions sur “La maladie du temps

  1. Bonjour Elsa, et merci pour le lien,

    Je te comprends tout à fait, ça m’est déjà arrivé, et j’avoue que parfois ça revient, il faut toujours faire attention et réunir tous les moyens possibles et imaginables pour ne pas rester dans cette immobilité!
    Merci pour ces idées, elles m’éclairent sur certains points que j’avais cru oublier.

    Bon courage à toi, à bientôt peut être.

    Karim

    • Merci à toi pour ton commentaire, tant mieux si ce post a pu être utile a quelques personnes, ne serait-ce que pour savoir qu’on est pas seuls à vivre ce calvaire..

      Bon courage à toi aussi!

  2. « C’est une chose absolument affreuse que ne jamais rien achever, parce que j’ ai le sentiment d’échouer à chaque fois et de n’avoir rien fait de ma vie. J’ai peur de tout rater. J’ai tout aussi peur de réussir. Serais je capable d’assumer, que j’échoue ou que je rencontre le succès? Mais avant d’en arriver là, encore faudrait t-il terminer quelque chose. Et là, ça coince: je regarde toujours à l’horizon de la perfection depuis le rivage où je me trouve, et je sais que je ne pourrai jamais l’atteindre… Car on ne peut jamais atteindre l’horizon, il en est toujours un nouveau devant soi. »

    C’est exactement ça ! C’est horrible cette impression de ne rien avoir fait de sa vie quand on l’a passée justement à essayer.

    C’est dingue comme on peut s’aperçevoir qu’il y a vraiment plus de personnes qu’on ne le croit qui sont touchées par ce fléau.
    Moi même je n’ai de cesse de me lancer dans des projets, et bien que m’ayant fixé des objectifs « grandioses » à mes débuts (on va mettre ça sur le compte de l’excitation et d’erreurs de jeunesse) , je n’ai jamais réalisé quoi que ce soit. J’ai beaucoup de projets qui auraient pu être bien mais que je n’ai pas continués. Je ne les compte plus.
    J’ai même tenté de réduire mes exigences et ma folie des grandeurs en tentant de tout petits projets, mais hélas même de cette façon, ce problème persiste. A trop vouloir bien faire, on se focalise dessus, et on ne fait rien, ou si peu.

    Dans mon cas, je pense que tout ça n’est pas que le fait du perfectionnisme, et je m’en rends compte petit à petit, parce que j’ai eu l’occasion de recommencer beaucoup de fois les débuts de la création d’une nouvelle oeuvre. A chaque fois, lorsque les nouvelles idées arrivent au début, je suis pris par un tourbillon de créativité, et j’ai envie de tout réaliser d’une traite, en m’imaginant déjà tous les éléments d’une histoire, me la passant dans la tête, comme un film. Seulement, je me rends compte que souvent, une fois que je me suis bien imprégné de cette histoire et que j’en ai visualisé les scènes les plus marquantes ou les plus importantes (ça peut se produire sur plusieurs jours) , et même écrit ces scènes, et bien je ne ressens plus le besoin de les développer jusqu’au bout, car je les ai vécues. C’est dommage parce que souvent lorsque je ressens le besoin d’écrire ou de raconter cette histoire c’est qu’elle est prenante et qu’elle en vaut le coup, mais j’ai ce blocage, que j’essaye de briser avec tout le mal du monde, mais au final je lutte plus que je n’écris. C’est très fatiguant, car du coup ce n’est plus un plaisir simple, mais ça en devient une corvée. Et ça c’est très mauvais parce qu’on sait qu’on veut écrire cette histoire là, parce qu’elle nous plait et qu’on veut transmettre les émotions qu’on a ressenti. Mais on sait aussi que pour le faire, on va devoir se forcer, essayer de faire abstraction de notre perfectionnisme, essayer de se concentrer uniquement sur l’histoire en elle même, et surtout éviter de penser à tout le travail qui nous reste encore à faire.

    L’anticipation. Cette chose là, doit être l’obstacle le plus difficile auquel je me heurte. C’est vraiment le bouton d’arrêt du processus de création. Ca m’a pourri tous mes projets. Et je ne sais pas encore si j’arrive à en faire abstraction, parce que… je suis encore sur un nouveau projet ! (que j’ai arrêté il y a deux ans mais repris régulièrement parce qu’il me tient vraiment à coeur).
    Le simple fait de penser à TOUT ce qu’il reste à faire pour FINIR peut faire tomber vos espoirs à terre, et ça peut arriver n’importe quand.
    J’ai lu par ci par là que pour arriver à écarter ce problème, il suffirait de morceler son travail, de se donner des objectifs facilement réalisables sans penser au but final. Ca marche un moment, mais faut vraiment ne pas y penser, enfin le dire c’est facile, le faire c’est autre chose 😉

    « Car l’échec n’est pas de demeurer dans le noir, de ne jamais être publiée ni même d’écrire un mauvais roman – non- le véritable échec c’est de renoncer. »

    C’est une phrase très juste que je devrais garder en mémoire (ou encadrer sur le mur en face de moi :p)

    • Merci pour ton long commentaire 🙂

      Comme tu peux peut être le remarquer, j’ai aussi plus ou moins abandonné le « projet » de ce blog même..

      Un autre problème en ce qui me concerne et qui est lié a cette question, en plus du perfectionnisme et comme tu le dis, de l’anticipation, c’est l’irrégularité. Comme toi, je suis super emballée au début, je suis à fond dans mon projet, je ne compte pas les heures, et puis ensuite il y’a un grand vide.. et éventuellement je reprends plus tard et ainsi de suite. A mon avis une des choses à travailler, c’est ca! C’est de se donner un effet des petits objectifs a atteindre les uns après les autres, et de s’imposer un rythme régulier. Par exemple décider de consacrer deux heures tels et tels jours de la semaine à tel moment de la journée et s’y tenir.. c’est à mon avis un très bon conseil que l’on m’avait donné.

      « je ne ressens plus le besoin de les développer jusqu’au bout, car je les ai vécues.  »

      Oh oui!!! Cela est tellement vrai pour moi aussi! Ces histoires et autres projets existent et sont réalisés dans nos têtes, à grande vitesse… et quand il s’agit de les matérialiser, ca devient vite moins excitant car on les as déjà vécues, déjà terminées.. et en plus le temps et l’effort à fournir pour les rendre réelles est tellement plus important que le temps que ca nous a pris pour les concevoir et les vivre à l’intérieur de nos petites têtes!

      Ceci me donne l’idée d’une explication.. Apparemment, cela est très lié aux émotions, émotions qui sont très fortes au départ, qui impulsent la créativité, l’inspiration, le désir de réaliser ce quelque chose qui a produit ces émotions afin de les transmettre.. Or , les émotions sont vives au départ puis s’estompent petit à petit pour disparaître complètement, d’ou une certaine démotivation.. jusqu’à ce que quelque chose d’autre , un autre projet, vienne à nouveau réveiller ces émotions et alors se reproduit le même phénomène. C’est une théorie..

      Et si elle est vraie, alors on comprend aussi l’intérêt de s’imposer une régularité, afin d’être capable de poursuivre ce que l’on a commencé, de ne plus être soumis aux aléas émotionnels et de les canaliser pour pouvoir aller jusqu’au bout..

      Et concernant cette phrase sur le fait que l’échec c’est de renoncer.. Je pense que c’est une des choses les plus sensées que j’ai pu gribouiller sur ce blog! Quand on renonce, on reste dans l’ignorance de savoir si on aurait pu réussir, dans l’ignorance surtout, de savoir ce dont on est vraiment capable.. Je me sens nulle quand j’abandonne, ca donne un coup à la confiance en soi, et ca n’aide pas à avancer..

      Bonne chance pour la suite! 😉

  3. @Nuu:
    « C’est une phrase très juste que je devrais garder en mémoire (ou encadrer sur le mur en face de moi :p)  »

    Absolument!
    Dans le monde des projets et des réalisations, il y a une règle, une seule et unique règle: « ne jamais abandonner »
    Donc quoi qu’il arrive, il faut être coriace, ce n’est pas un simple projet qui peut venir à bout de toute une carrière.
    Certes les temps peuvent être difficiles,
    Certes on peut se retrouver dans une situation totalement difficilement contrôlable,
    Oui on peut se retrouver entouré de mauvaise circonstances qui bloquent l’avancement de nos projets par « accident »,
    mais il faut avoir la conscience de se demander pourquoi parfois: on se sent démotivé, pourquoi parfois: la superbe idée de génie qu’on a eu une fois semble être ternie par un manque de ressources et de solutions pratiques, aussi bien techniques et tangibles qu’intangibles:

    La réponse: c’est qu’il faudra toujours cibler les manques et les défaillances, qui ralentissent un projet jusqu’à le stopper totalement ou temporairement.

    La planification à elle seule ne suffit plus, il faut s’y prendre de manière « analytique » et ne plus se voiler la face quant à nos compétences parfois incomplètes, ceci sans parler de perfectionnisme; mais le fait de compléter les talents et compétences peut s’avérer extrêmement enrichissant pour tout futur projet.

    Un autre point: savoir déléguer les tâches qu’on ne peut effectuer ou qu’on effectue mal; le faire à la moindre occasion si ça permet d’être plus productif.

    Une autre astuce est de partir du résultat final lors de la planification du projet: que faut il faire pour atteindre l’avant dernier résultat? Et celui qui le précède? Il faut ainsi remonter rétro-activement jusqu’au point zéro du développement du projet.
    La meilleure manière de le faire est de repérer un cas à grand succès, et s’entraîner à inverser les étapes qui ont conduit à un tel résultat mais sans se documenter sur les vraies démarches dans un premier temps, il faudra d’abord entraîner son imagination et sa capacité à planifier une réussite.
    Après y avoir songé, et seulement après, on peut réviser les vraies étapes qui ont conduit à un véritable succès réalisé, et comparer sa façon de voir et aussi détecter exactement pourquoi on n’y avait pas songé au début.

    Un grand piège à éviter en tout cas: si dans une étude de cas il y a une personne importante qui a interféré dans la réussite d’un cas d’étude, il faut se dire qu’il faudra aussi aller à l’encontre de telles personnes clés qui peuvent donner un sérieux coup de pouce, ou qui parfois sont indispensables.

    Il existe évidemment bien plus d’éléments à prendre en compte, mais le seul qui doit vraiment être respecté: ne jamais abandonner, être coriace et tout faire pour que ça fonctionne tant que c’est légal et respectable.

    Je suis actuellement en plein développement de projet et je peux dire que j’ai assez d’obstacles, mais aucun ne vient à bout de l’avancement du projet, car simplement je les extermine un par un dès leur apparition en attaquant à la racine!

    J’espère que vous réussirez tous les projets que vous entreprenez, et que vous connaîtrez le succès que vous méritez.

    Amical,

  4. Oops : pas « aller à l’encontre » mais « aller à la rencontre » de telles personnes ^^ »

  5. Merci pour vos réponses rapides et l’attention que vous portez à mon message.

    Oui l’irregularité est quelque chose de difficile à surmonter, et on est vite tenté par tout autre divertissement. Enfin c’est peut être une idée que je me fais de la chose, mais j’ai toujours imaginé (et d’ailleurs je l’ai toujours fait comme ça) que créer quelque chose devait avant tout être un loisir/plaisir, et se faisait purement à l’instinct, exactement sur le moment donné lorsqu’on captait l’émotion, sans devoir y attacher une rigueur. J’ai toujours vu la rigueur comme une méthode impossible d’insuffler à une création l’âme, la passion du moment. Mais je crois que maintenant je fais la différence entre les deux, car il y a au moins autant besoin d’inspiration que de rigueur. C’est vrai que je n’ai jamais essayé de travailler avec des horaires fixes, mais plutôt, n’importe comment avec des périodes de creux et des périodes intenses, jusqu’à plus soif, sans compter les heures, quand l’inspiration pointe le bout de son nez. Ca m’a toujours un peu bloqué de m’imaginer prendre le temps, de m’atteler à une chose, de me dire « aujourd’hui je vais faire telle chose ». Ca rejoint l’idée de la contrainte, du devoir et ça me frustre quand même pas mal.

    Au rayon des blocages, une autre chose que j’ai noté, c’est le contraste qu’il y a entre la facilité d’écriture d’une scène marquante vécue, qui glisse tout simplement du bout des doigts, et la difficulté de devoir trouver les raisons à tout un tas d’évènements qui en découlent, pour les rendre crédibles, de faire tout un travail pour trouver le chemin, ou la suite logique qui se place entre deux évènements par exemple.

    D’ailleurs j’essaye quelque chose en ce moment. Je crois avoir trouvé une petite méthode en cas de panne. Enfin ça marche avec moi en tout cas. C’est de poser des questions sur la logique des énèvements qui pourraient se produire, pourquoi tel personnage s’implique etc. Enfin ça se fait déjà je sais, mais en fait ce que je fais c’est que j’écris tout. Je peux partir d’une seule question, et j’écris tout le processus de reflexion, comme si je le faisais dans ma tête, sans trop réfléchir, j’écris tout, même si je reviens sur un fait que j’ai évoqué deux lignes au dessus, tant pis, et puis c’est marrant de revoir le cheminement de la pensée, et ça permet de ne pas du tout se soucier de « bien faire ».
    Au début j’y pensais, puis je trouvais ça bizarre de devoir faire ça, de devoir poser les choses à l’écrit. Mais en fait, je me rends compte que de cette façon, j’ai beaucoup plus d’inspirations, de choses qui surgissent comme ça, et les descriptions sont plus claires. Il y a plus de cohérence. Et surtout je me perds moins dans mes pensées. Parce que si je le fais dans ma tête par exemple, c’est flou, noué et rien de bien concret n’en ressort.

    « La réponse: c’est qu’il faudra toujours cibler les manques et les défaillances, qui ralentissent un projet jusqu’à le stopper totalement ou temporairement. »

    Je pense que c’est une bonne méthode qui permet de relativiser le problème rencontré. Ce n’est plus quelque chose d’inexplicable ou fatal, mais quelque chose de rationnel et on peut donc développer des moyens pour passer outre.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :